Type et date de soutenanceSoutenance de thèse

Retour au pays forcé ou rêvé ? Le rapatriement des Soviétiques depuis la France entre sortie de guerre et balbutiements de la guerre froide (1944-1947)

Amine Laggoune

Résumé :

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La recherche porte sur le rapatriement forcé puis proposé, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, par l’URSS depuis la France, d’abord à environ 120 000 anciens prisonniers de guerre et travailleurs forcés soviétiques en 1944, et à partir de 1946 à un peu moins de 5000 émigrés de l’entre-deux-guerres, en particulier aux travailleurs émigrés ukrainiens et biélorusses. Ces retours ont pour but la reconstruction du pays et la relance de la natalité. Néanmoins, les objectifs sont aussi politiques avec la volonté d’éviter la formation d’une émigration soviétique anticommuniste venant des déplacés de guerre, mais aussi de diviser politiquement l’émigration de l’entre-deux-guerres entre anticommunistes et admirateurs de l’URSS victorieuse. L’étude porte sur une période de transition entre la sortie de guerre et début de guerre froide de l’été 1944, année de la Libération et de l’arrivée d’officiers de la mission de rapatriement soviétique, à décembre 1947, année d’expulsion de cette mission de rapatriement en raison de ses activités illégales dans le contexte de l’entrée en guerre froide. La thèse réinscrit l’enjeu massif de ces rapatriements dans la dégradation des relations franco-soviétiques. Notre travail s’interroge sur la mise en place de ces rapatriements, sur l’évolution des pratiques de la mission soviétique en France passant d’une puissance alliée à une puissance dangereuse dans un climat de tension grandissant entre les deux pays. La question de l’engagement et des activités à différentes échelles des acteurs face à ce rapatriement est également cœur de notre sujet, qu’il s’agisse des institutions (ministères français et soviétiques, diplomates, mission soviétique), de groupes politiques (communistes, organisations prosoviétiques ou antisoviétiques), ou de personnes (destin des rapatriés au retour ou des réfractaires restés en France). Comment, dans le cadre de cette politique de rapatriement, l’URSS est-elle progressivement passée de pays allié à pays adversaire ? Comment le gouvernement français s’est-il positionné face aux exigences soviétiques du rapatriement ? De quelle manière, dans cette période particulière de flou et de saut vers l’inconnu, l’URSS joue-t-elle sur des nouvelles configurations politiques de sortie de guerre pour ramener ses citoyens et défendre ses intérêts ? Quelles ont été les expériences des personnes admissibles au rapatriement, et notamment les formes de résistances ou d’adhésion au retour ? Ma thèse s’organise autour de trois parties. Une première partie (1944-1945) est consacrée à un état des lieux des différents acteurs en France à la Libération, en traitant du regroupement des Soviétiques, des accords et modalités du rapatriement et des premiers retours. La seconde partie (1945-1946) porte sur les activités et les moyens déployés par les autorités soviétiques en France pour retrouver les réfractaires au retour. Il est aussi question d’analyser comment, pour les autorités soviétiques, le rapatriement devient aussi une couverture pour réaliser des activités illégales ou cachées telles que de l’espionnage ou de la diplomatie d’influence en métropole et dans les colonies. Enfin, la troisième partie (1946-1947) articule les rapatriements des émigrés de l’entre-deux-guerres et celui des déplacés de guerre qui se déroulent dans un contexte national et international de plus en plus tendu. Différents facteurs dans le contexte de la guerre froide naissante amènent à une cristallisation des tensions qui aboutit à l’expulsion de la mission militaire soviétique et à une crise diplomatique. Cette partie s’achève sur quelques destins personnels de rapatriés au retour en RSS d’Ukraine.

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Jury

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  • M. Alain Blum (Directeur de thèse), EHESS
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  • Mme Sophie Coeuré (Co-Directrice), Université Paris-Cité
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  • M. Mario Del Pero, IEP de Paris
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  • Mme Catherine Gousseff, CNRS
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  • Mme Anouche Kunth, CNRS
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  • M. François Rouquet, Université Caen-Normandie
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